... tout, tout, tout sur des cailloux...

                                                              

 

     Tu la vois cette personne, qui donne un grand coup de pied dans un tas de pages écrites dans une langue qu'elle ne connaît pas.
Elle ne connaît pas le russe ; c'était "Guerre et paix" de Tolstoï. Plus loin, cette même personne, donne un autre coup de pied dans un tas de feuilles écrites dans une langue qu'elle ne connaît pas. Cette personne ne connaît pas le latin, ce sont les "Vertus" de Sénèque.
     Ne la blâmez pas, ne riez pas. N'avons-nous pas, un jour, donné un bon coup de pied sur un pauvre caillou errant qui traînait là. Ce caillou était une véritable mémoire, une petite bibliothèque à lui tout seul ... mais nous, nous ne connaissions pas le langage "caillou".
     
Le caillou dans lequel on donne un coup de pied, la gros caillou trop gros pour qu'on y donne un coup de pied ou tout simplement le rocher vers lequel se porte notre regard, ont une histoire. Oui! ils ont une histoire.
      
     S'intéresser à leur histoire, est-ce faire montre d'indiscrétion, d'intrusion dans leur vie de minéraux ? Non, d'autant plus qu'ils nous invitent à connaître leur histoire. Ils étalent tous les indices pour nous donner à comprendre et à aimer leur naissance, leur vie émergeante, leur parcours parfois difficile, parfois très riche en événements.
                       
                      Lorsque nous, nous passerons, eux continuerons à vivre.
      
     C'est passionnant! Mais je n'ai pu m'y arrêter que brièvement et de façon parcellaire, faute d'outillage adéquat.

 

Aperçu :

      Vous ne trouverez guère de cailloux de collection dans mon stock de roches. Les vedettes ne m'intéressent pas en tant que telles, je ne me suis toujours arrêté que sur les gens du peuple. Les cailloux communs, ceux qui font l'Histoire de notre Terre. Les quelques spécimens de collection que je possède, sont des éléments qui m'ont été offerts.

      Ainsi, c'est la diversité des roches extraites des carrières ou autres rencontres minérales lors de nos déplacements en France qui forment l'essentiel du bataillon. Si seulement, je pouvais accéder à une plus grande connaissance de ces modestes échantillons.

      J'ai toujours à l'esprit les termes de Jean Rostand : "Celui qui ne sait pas regarder dans son jardin, ce n'est pas la peine qu'il fasse la tour du monde, il ne verra pas plus de choses."

Quelques tiroirs de rangement permettant de répartir toutes les pièces selon, leur composition et leur dimension.


Roches cristallines :                                                       

                  Voici deux roches cristallines d'aspect tout à fait différent.

                         La première est une hornblendite en filon dans un massif de tonalite de Dampniat (à proximité de Brive). Qu'est-ce que ça ? La tonalite est une roche plutonique; une diorite quartzique à biotite : K(Mg,Fe)3(Si3Al)O10(OH,F)2 et horblende : (Ca,Na)2(Mg,Fe)4Al(Si7Al)O22(OH)2. Les roches plutoniques sont formées et cristallisées en profondeur (sous pression) par un refroidissement lent. Ce sont des silicates riches en fer, magnésium, manganèse, calcium, sodium, lithium, titane, aluminium de composition complexe. Les feldspaths qu'elles contiennent vont des oligoclases : (Na,Ca)(Si,Al)4O8 aux andésites : Na,Ca(Al,Si)AlSi2O8. Je n'ai pu connaître exactement la composition de cette hornblendite qui doit être accompagnée en plus de biotite, de pigeonnite, d'augite et autre petite chimie de ce style.

                         La seconde appartient à un ensemble de silicates nommé phyllosilicates et qui présente un clivage cristallin parfait et une structure atomique lamellaire. Cette roche est une chromite FeCr2O4 de couleur noire, au dessus verdâtre (la seule carrière de chrome qui existait en France - dans le Var). Dans les phyllosilicates, elle appartient au groupe des serpentines : (Ca,Na)2(Mg,Fe)4Al(Si7Al)O22(OH)2 dont elle est recouverte. Sa formation est hydrothermale profonde, de roches plutoniques. Le toucher des plaques superficielles légèrement blanchâtres est douce, glissante comme savonneuse.


                         Un matériau dont il est fort question actuellement : l'amiante. Voici comment elle se présente, à gauche. (cet échantillon m'a été offert lorsque je travaillais à son remplacement, sur les garnitures de frein). Il existe deux grands points d'extraction d'amiante dans le monde : dans l'Oural et au Canada. Cet échantillon provient du Canada où les fibres sont les plus longues.
      Une cristallisation singulière qui a "poussé" sur le substrat rocheux (les fibres, sur la gauche de la photo). Ce sont de longues chaînes moléculaires dont la formule est Mg3 Si2 05 (OH)4. Un phyllosilicate nommé "la chrysolite" est une forme de roche serpentine comme la chromite, ci-dessus. Sa formation, résultant d'accidents géologiques particuliers, est à peu près similaire ; mais les types de roches dans lesquelles elles se sont formées, sont très différents.
       La finesse de sa fibre moléculaire est telle que les plus fins brins de laine de verre, que nous savons fabriquer industriellement, apparaissent sous le microscope électronique sous la forme de poteaux ; alors que la fibre d'amiante est encore très fine et divisible. Cette échelle de grandeur explique son danger pour les cellules pulmonaires.
       Si elle a été tant utilisée avant que son danger ne devienne une évidence, c'est qu'elle est très résistante à l'usure, aux acides et avec un très bon indice d'isolation thermique.

                         Autre cristallisation en aiguilles : la tourmaline - mais celle-ci est sans danger. Ces cristaux proviennent d'une carrière abandonnée qui a été comblée pour des travaux routiers. La carrière de la Chaumette (environ 4 Kms de Saint-Chély d'Apcher). Sa composition est Al6 Y3 Na(Si6 O18) (BO3) 3(OH,F) où Y = Mg (Fe,Mn) ou (Li,Al). Ici, c'est une ferro-magnésienne dont le Fer est plus abondant que le magnésium ; c'est donc une variété de tourmaline noire : la schorlite (Il existe plusieurs variétés de tourmalines très colorées). Cette roche s'est constituée dans une histoire très mouvementée du massif granitique de la Margeride, avec des instrusions magmatiques et des phases de métamorphisme profond. Elle est sur une gangue de quartz laiteux.


Roches volcaniques :                                                    

                         L'élément caractéristique d'un certain volcanisme est une bombe volcanique. Elle n'est présente qu'avec les volcans explosifs de type strombolien (on ne peut observer de bombes avec des volcans de type hawaïen, aux coulées très liquides, sans gaz pour projeter le magma).

      On voit bien que la bombe, qui était une masse de magma en fusion projetée dans les airs, à pris une forme fuselée lors de sa chute. Les canaux, bien visibles à sa surface, témoignent de l'écoulement de l'air qui a sculpté cette masse encore visqueuse, accompagnant son refroidissement. Sur sa droite, dans sa partie qui était la plus finement fuselée, on remarque que lors du contact avec le sol, elle a basculé, la pointe en a été écrasée et la masse légèrement bombée.

      On remarque également sa couleur noire qui tranche avec les masses de scories ou de cendres qui entourent immédiatement la gueule d'un volcan et qui sont plus rougeâtres [ on remarque de façon générale que les cônes de scories ou pouzzolanes sont rouges au plus proche du cône volcanique où la chaleur a facilité l'oxydation du fer, et noirs à la périphérie, où le refroidissement fut trop rapide pour cela ]. Sa composition est du basalte, mais ce n'est pas suffisant pour expliquer sa couleur. Celle-ci indique que la projection a été faite bien en dehors du volcan et donc avec un refroidissement suffisamment rapide pour que l'oxydation ne l'ait pas altérée..

                         Les éléments également caractéristiques du volcanisme sont la constitution de la lave. Celle-ci est, au moment de l'éruption, de nature vitreuse; par opposition à la nature cristalline. Toutefois certains éléments peuvent cristalliser en haut de la chambre magmatique, avant l'éruption, alors que la masse est fluide. L'olivine rentre dans ce cas de figure. Elle est de couleur tirant sur le jaune-vert.

      L'olivine appartient à la famille des péridots qui sont majoritairement constitués de Forstérite (Mg2 Si O4) et de Fayalite (Fe2 Si O4). La présence respective de ces deux éléments oscille entre 10% et 90%. Ce qui donne une large plage de constituants de l'olivine et ... autant de noms!

      Ici ce sont 3 échantillons : le premier est issu de la carrière de Pulvérières (au dessus de Volvic) et les deux autres, de la cascade de Ray-Pic en Ardèche.
Ces trois échantillons sont des Basaltes à olivine.

 

                         Autres roches volcaniques, ces deux échantillons issus de la même carrière. Ce sont des leptynites roses à microcline d'Aubazine. Ils résultent de la cuisson en grande profondeur (et en métamorphisme) de projections d'un volcan dont l'activité remonte à 460 millions d'années. Ces projections (parfois des nuées ardentes) forment en retombant des masses d'ignimbrite. Ici la composition rhyolitique de ces ignimbrites (structure vitreuse) se rapproche de la composition du granit (structure cristalline).

      La leptynite est une roche quartzique avec un peu de biotite, mais très peu ou pas de mica ; parfois avec la présence d'autres éléments dont les grenats (qui sont de bons indicateurs de son histoire). Le feldspath de cette leptynite est un microcline appartenant au groupe des tectosilicates mais dont le calcium est absent (Na,K)[AlSi3O8] et la teneur en potassium est supérieure à celle du sodium. C'est un feldspath de la famille des potassiques.

      Les aspects différents de ces échantillons rendent compte que le premier était issu d'un magma brut ( la large plaque noire est une bouffée de biotite noyée dans une masse de microcline - le feldspath -) et que le second est la superposition de lits de cendres fines, de composition égale (on voit la biotite -noire- en forme planaire)


Roches calcaires :                                                           

      

                         Les roches sédimentaires calcaires sont légions et résultent des dépôts coquillers d'animaux marins plus ou moins grands. Mais pas que cela. Ici, nous avons un exemple avec cette roche du jurassique moyen ( - 160 millions d'années) issue des carrières de Nazareth (au Sud de Brive). Ce calcaire est employé pour la construction, bien qu'il soit légèrement gélif.

      C'est une oolithe - un calcaire oolithique . C'est-à-dire un assemblage de granules ressemblant à des grappes d'oeufs de poissons comme le montre l'agrandissement de droite. Sa formation est liée à des courants faibles d'eau saturée en carbonate de calcium et se jetant dans un estuaire de faible profondeur. Les eaux tourbillonnant sur un vaste espace, sans possibilité de s'évacuer rapidement dans la mer, sont soumises à une évaporation qui précipite des granules de carbonate venant se déposer sur un lit peu profond.

          Il est à remarquer que des éléments aussi différents que les roches cristallines d'origine plutonique,(voir plus haut) comme les leptynites d'Aubazine ou l'hornblendite de Dampniat, cotoyent cette roche sédimentaire calcaire, d'une toute autre origine. En quelques centaines de mètres nous traversons quelques 400 millions d'années au sud du bassin de Brive. Ceci est frappant pour qui sait regarder le monde minéral l'entourant. Cette particularité, visible en de multiples endroits en France, résulte de failles qui se sont produites au cours des temps géologiques et qui ont été accompagnées d'effrondrements. Le nivellement dû à l'érosion des terrains a fait le reste, en mettant à jour des roches qui étaient profondément enfouies, comme les roches métamorphiques du bassin de Brive ]


Autres roches:                                                                  

   

                         Les fossiles ou les empreintes de ceux-ci, forment aussi un vaste espace de la recherche géologique. Mais ici, nous quittons la géologie pour entrer dans la paléontologie. La paléontologie recherche les traces des créatures aujourd'hui disparues pour reconstituer l'Histoire de la Terre. Ces traces ou ces fossiles peuvent être des animaux ou des végétaux. On trouve une quantité de témoins, dont les plus connus sont des ammonites, des rostres de bélemnites, des oursins, des coquillages de toutes sortes etc...etc..

      Ces deux échantillons, sont des plantes ayant poussé dans le bassin houiller de Decazeville. À gauche, le tronc d'une calamite de 20 à 30 m de hauteur, de même forme qu'une prêle actuelle de 1 m de hauteur. À droite, les feuilles d'une fougère arborescente d'environ 3 à 4 m de hauteur. Nous sommes au carbonifère, c'est-à-dire il y a 350 millions d'années.


Projets :                                                                              

      Dans les années 1970, je pensais pouvoir trouver, ici ou là, un microscope polarisant. Non pas du dernier cri, ni rutilant neuf ; peut-être dans une vente aux enchères. Je n'ai pas pris le temps nécessaire de me focaliser sur cette recherche ... et il n'est pas venu tout seul. Cet outil m'aurait servi à étudier ces roches, de poursuivre une connaissance qui n'est que superficielle. Peut-être un(e) de vous, la continuera ...